Apprendre à boxer pour mieux lutter

October 15, 2016

 

 

 

Yag Bari Boxing Club

APPRENDRE À BOXER,,. POUR MIEUX LUTTER

 

Yag Bari, «le grand feu» en langue rrom, est le nom d’une école de boxe chinoise basée en Seine-Saint-Denis. Créée en 2013, cette association affiliée a l'Ufolep (Union française des œuvres laïques d'éducation physique) propose à des jeunes Rroms vivant en squats et en bidonvilles de pratiquer cet art martial... # Propos recueillis par Antoine Aubry

 

Comment est né le projet du Yag Bari Boxing Club ?

Yag Bari Boxing Club : Notre école de boxe a été créée par un groupe de sept activistes rroms (•) et non- rroms. En plus de leur engagement pour la défense des droits civiques au sein de l’organisation antiraciste «La voix des Rroms», ce groupe fondateur a souhaité approfondir son intérêt pour la culture et la pratique des arts martiaux. Initialement à destination des adultes, nous avons rapidement proposé cette activité aux enfants et adolescents rroms que l'on côtoyait dans les bidonvilles et les squats. Convaincus de la valeur structurante et sociabilisante des sports de combats, nous avons décidé de développer un projet d'éducation populaire répondant aux besoins de nos jeunes pratiquants. Un premier groupe s’est constitué en 2014 sur le bidonville des Sama­ritains à La Courneuve (Seine-Saint- Denis). .Malgré une longue et coûteuse mobilisation pour soutenir nos élèves et leur famille, la mairie a finalement ordonné leur expulsion et la destruction de leur lieu de vie. Ça a été un premier coup dur pour le projet, les enfants se sont retrouvés à la rue, éparpillés, et le processus de socialisation engagé totalement interrompu.

 

Aujourd'hui, nous avons un nouveau groupe d'une vingtaine d’enfants âgés de 6 à 12 ans (dont une majorité de filles) qui s’est constitué à Saint- Denis (93]. Nous avons formalisé leurs inscriptions par une cotisation abordable et la signature d’une charte présentant le projet. Tous les dimanches, nous allons chercher les enfants pour les emmener au complexe où se déroulent les cours. Le trajet vers la salle est déjà l’occasion d’apprentissage, nous insistons sur l’image que nous renvoyons en tant que collectif et essayons de créer du contact avec les autres habitants du quartier. Nous commençons le cours par un échauffement basé sur des jeux. Nous abordons ensuite l'apprentissage du combat à partir d'ateliers mêlant travail technique et situations d'affrontements, tout cela en travaillant au respect des principes moraux de base du combat qui comprennent l'écoute, le sérieux, la persévérance. le respect de l'intégrité physique, l'entraide etc.

Pourquoi avoir choisi la boxe chinoise ?

Yag Bari Boxing Club : La boxe chinoise, aussi appelée sanda, est la forme compétitive du kung fu. C'est une boxe pieds-poings-projections, un mélange de kick boxing et de lutte en quelque sorte. Nous tâchons cependant de cultiver les racines martiales de cette forme de combat, dans la manière de pratiquer d'abord et surtout dans celle de penser notre pratique. Il y a pour nous une connexion évidente entre la lutte politique et les arts martiaux. Beaucoup d’arts martiaux sont nés de contextes incluant des groupes ou des communautés oppressées. La notion de résistance est d'ailleurs au cœur des arts martiaux chinois et japonais.

Nous considérons également qu'il faut engager une critique sérieuse du sport moderne et de son évolution. qu'il faut travailler au rétablissement de pratiques du corps plus soucieuses des enjeux de sociétés, émancipatrices, socialisantes, respectueuses de la santé des pratiquants et non basées sur la domination, l'exploit, la marchandisation et l'industrie du spectacle. Dans cette perspective, la boxe peut être un outil formidable. C'est une manière de se découvrir, d’apprendre à contrôler aussi bien sa propre violence interne que celle que l’on subit.

Trois années après vos débuts, pouvez-vous en tirer un premier bilan ?

Yag Bari Boxing Club : Le projet se développe. La mairie a renouvelé la mise à disposition du complexe sportif de la ville, nous mobilisons partenaires publics et privés et nous prévoyons d’ouvrir un créneau supplémentaire et tachons de mobiliser un réseaux de clubs partenaires engagés dans la lutte contre les discriminations. Nous travaillons aussi à développer l'accès à la scolarisation et à la lutte contre le décrochage scolaire grâce à notre partenariat avec l'Aset 93 (Aide à la scolarisation des enfants tsiganes). Si on devait faire un bilan, on pourrait dire que nous avons déjà pu jouir de résultats extraordinaires avec les enfants, et cela malgré les situations extrêmement difficiles qu'ils sont amenés à vivre pour leur âge (expulsions à répétition, injures racistes, violences physiques et morales, isolement, etc.). Mais pour qui sait voir, c'est aussi ce qui fait de ces enfants des êtres lumineux, exceptionnellement doués et riches d’une force aussi insoupçonnée qu'inexploitée. #

 

(*) Les Rroms sont «un peuple sans territoire com­pact, mais qui est lié par une conscience identitaire, une origine, une culture et une langue communes, explique le site Internet de Ia Voix des Rroms, une organi­sation rromani antiraciste. Persécuté-es pendant des siècles en Europe, les Rroms comptent aujourd'hui I5 millions d'âmes (dont au moins 500 000 en France) qui subissent toujours violences et discriminations...

 

 

 

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